Le ciel s'obscurcissait.
Chaque fois que notre vie basculait de cette façon, il faisait si sombre.
Tellement sombre que jamais nous n'aurions pû imaginer que rien d'autre n'arriverait.
Murando leva les yeux vers le ciel, songeur.
Mon coeur se serra. Quoi, encore?
Tout à coup, un grondement sourd retentit, tout autour de nous.
La forêt était située sur une colline, et l'on voyait les alentours.
Des secousses faisaient vibrer le sol, comme si des géants avançaient vers nous.
Mais ce n'était pas des géants.
Des humains, pâles, gris, habillés de vêtements déchirés, des humains squelletiques.
Il étaient des milliers.
-Qu...Qu'est ce que c'est? murmura Aurore, terrifiée.
Je restais sans rien dire, moi aussi horrifiée, figée.
Cela ressemblait à la scène de la resurrection des morts, qu'avait provoqué Murando, une fois, il y avait un mois...
Je commençais juste à comprendre la situation.
-Murando... commençais-je, à voix basse.
Je marquais un temps d'arrêt.
-Murando, cet homme, c'est... Le meurtrier de Violet...Et il est...
-...Capable de faire revivre... continua Aurore.
Paralysée. J'étais paralysée.
-Et qui veut la musique du vent, finit par dire Flandrine.
Les morts se rapprochaient à grands pas.
Le vacarme se faisait de plus en plus fort et assourdissant.
-Murando! Que faisons-nous? hurlais-je en plaquant mes mains sur mes oreilles.
Il fronçait les sourcils en fixant l'armée qui remontait la pente.
-Murando, s'il te plait! cria Anaïs à son tour, pliée par la force des secousses.
Puis, soudain, ce fut comme un déclic.
Murando redressa d'un coup la tête, et, se tournant vers nous, hurla:
-Allez-y! Unissez vos pouvoirs! Ce sont peut être des morts, mais vous êtes plus fortes qu'eux si vous êtes ensemble!
"Mais nous ne sommes pas ensemble...", pensais-je, mais j'éffaçais vite cette pensée de ma tête, et de mon coeur.
Nous nous plaçâmes de sortes à ce que si on nous reliais, la forme serait un cercle.
Et, tournées vers l'armée diabolique qui progressait sur le flanc de la colline, nous nous concentrâmes.
Mon coeur se mit à battre fort, puis une force jaillit de mon coeur.
Cette sensation me rappella beaucoup de choses.
Et je me sentis alors si triste que mes yeux s'embuèrent.
Pourtant, je serrais les dents, et à nouveau, les lumières blanches sortirent du ciel.
Tout autour de nous, elles tombaient.
Les corps des morts se désintégraient, se transformant en poussière, dès qu'une des lumières les touchaient.
Le spectacle était horrible.
Je mis mes mains devant mes yeux, les fermant.
Une larme roula sur ma paume.
Pourquoi fallait-il que j'y repense, chaque fois?
Au bout de quelque minutes, je retirais mes mains et rouvrit mes yeux.
En bas, il ne restait que des cendres.
Presque que des cendres.
Entre ce qui restait des corps de l'armée noire, quelque chose se dressait, menaçant.

