J'étais en train d'expliquer à Murando l'entrée de l'homme à la capuche, et Anaïs demanda, alarmée par nos têtes d'enterrements :
-Qu'est ce qu'il s'est passé, encore ?
Murando hocha la tête, compatissant.
-Je pense que je vous dois des explications, pour ce rassemblement quelque peu... brusque. Et peu avant votre arrivée, quelque chose d'un peu alarmant est arrivé, Midnight pourra en témoigner.
Les filles s'assirent en silence sur le parquet, les yeux écarquillés.
Murando commença à raconter.
-Cette histoire est à nouveau en rapport avec la Musique du Vent... Il semblerait que quelqu'un veuille ce disque, car il est possible qu'en l'utilisant pour le mal... Cette musique puisse détruire des villes entières. Des races d'animaux disparaîtrait... Jusqu'à celle des humains.
Il s'arrêta un instant, comme pour réfléchir aux mots à employer.
-Je n'essayerais pas de minimiser la chose... Comme je n'essayerais pas de la dramatiser. Et en vous disant que la situation est grave, je pèse mes mots, oh oui... La situation à empiré depuis que Midnight m'a revu. Je vais d'ailleurs la laisser expliquer ce qui c'est passé.
Je prenais mon inspiration, et me lançais.
-Eh bien... Je suis arrivée à quatorze heure moins cinq. Je m'étais installée derrière le comptoir. Alors, un homme est entré. Il m'a impressionné : un long manteau détrempé et usé, de couleur sombre, et son visage... Il était entièrement caché par une capuche, on voyait uniquement ses lèvres, entourées d'une moustache et d'une barbe naissante, de couleur chatain foncé, et il boitait. Il m'a demandé un disque, je lui ai répondu un peu sèchement, je doit l'avouer, et il m'a parlé avec une telle froideur que j'ai été incapable de lui répondre une nouvelle fois... Après, Murando est arrivé, et lui a demandé de partir... Il cherchait le disque de la Musique du Vent, et il devait savoir qui j'étais.
Un silence de mort s'installa.
-Eh ben dis donc... Je crois qu'on va encore avoir des histoires, nous... murmura Flandrine.
Je hochais la tête, avec un soupir. Mais Murando ne nous laissa pas le temps de trop réfléchir.
-Bon, il faut rapidement passer à l'action. On va essayer de passer par le portail des époques, vous vous rappellez, la porte que vous aviez utilisé dans la forêt pour retrouver la fiole. On pourra essayer de trouver l'objectif réel de cet homme...
Aurore se leva.
-Ca ne marcherais pas. Qui te dit qu'il l'a un jour dit à voix haute ? On ne sait absolument rien. La meilleure chose serait de connaître son lieu d'habitation et d'aller y espionner.
Murando lui jeta un regard étonné.
-Je suis d'accord, ajoutais-je.
Il soupira et se résigna.
-Très bien. J'ai au moins cette information, pour l'avoir filé une fois... Alors, allons-y, nous avons assez perdu de temps ainsi.
Et nous nous levâmes, et nous sortîmes, ne sachant encore une fois ce que nous réservait le destin.
Espionner... C'était la première fois que je le faisais sérieusement, et pour sauver des espèces d'animaux, et l'espèce humaine...
On voyait souvent ça, dans les films et les séries télévisées, mais je n'avais jamais fait ça dans une telle situation... Et mes amies non plus, je l'imaginais.
Mais ce recourt était prévisible : plus rien ne nous étonnais, désormais.
La preuve en était que c'était Aurore qui l'avait proposé, et non Murando.
Cette situation était aussi dangereuse que palpitante.



